pour les chemins tordus
bordés de ronces
creusés, bosselés
glissants
le genre d'itinéraire qui accule à l'essentiel
pas de provision, poches vides pour y serrer le poing
quand la main n'en est pas, en éclaireuse, à déchirer les toiles d'araignée
les genoux frottés contre la peau hérissée des arbres
les échardes au talon
on ne souvient plus quand on est parti
mais pourquoi, on le sait encore
appel à trêve
mais là en bas quelque chose remue toujours pas de graine, pas de récolte alors sème, sème, sème
suis fatiguée tant pis, sème, sème, sème
je voudrais me (re)poser ça passera, sème, sème, sème
mais il fait un peu froid, là, et la terre est givrée souffle dessus et sème, sème, sème
la croûte du dessus, elle est super dure casse, creuse et sème, sème, sème
ça fait mal oui, sème, sème, sème
y aurait pas moyen de... non, sème, sème, sème
je vais juste aller un peu moins vite alors d'accord
d'accord ? ben oui, d'accord, tu me prends pour qui, un bourreau ?
allez, tout doucement, sème, sème, sème...
et son travail invisible,
l'impression, en fin de journée, de n'avoir rien entre les mains,
ces énigmes à résoudre sur lesquelles on croit passer des minutes alors que ce sont des heures,
ou ce fil qu'on tient et qu'on ne veut plus lâcher et c'est déjà le soir
le prix à payer pour un petit rab de soleil,
brève mise en sommeil qui n'empêchera pas, je l'espère, d'être lue, relue, commentée, critiquée, moquée, manquée et attendue !