Blog de Judith Lesur

http://judithlesur.zeblog.com/

Calendrier

« Mai 2008
LunMarMerJeuVenSamDim
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031 

Judith Lesur

Judith Lesur l'écriture, ce qu'il y a dessous et autour, les projets et les doutes, les fragments et les questions, et puis, peut-être, le dialogue.

Blog

Catégories

Derniers commentaires

Derniers billets

Compteurs

Liens

Fils RSS

Je les avais prévenus - III

Par Judith Lesur :: 30/01/2008 à 13:57 :: ecrits pour les hauteurs

    Ils étaient donc prévenus. Ils avaient même acquiescé. Certains avec un petit sourire, parce que ce chemin-là, ils l'avaient déjà fait.
    Ils s'étaient abstenus de ricaner, ils avaient eu la décence de ne pas rappeler que, deux années durant, je les avais tannés pour que les lectures des (h)auteurs soient de l'inédit ou rien, bref, ils n'étaient que bienveillance, et la question n'est pas de connaître la part d'intérêt personnel nichée au coeur même de cette bienveillance, qui grouille forcément de petits arrangements plus ou moins avouables parce que de toute façon, l'altruisme pur et dur, dans la vie comme en littérature, c'est louche.

    Pour résumer, il y avait donc d'un côté cette envie, cette nécessité profonde de me consacrer à mes projets P majuscule et de penser fondations avec fondement; et puis de l'autre, cet assentiment bienveillant, cette sorte d'indulgence molle des autres tritureurs de mots, donc les conditions inespérées pour lire, en toute tranquillité de conscience, c'est-à-dire les yeux filant sur la feuille et fouillant la foule alternativement, pour lire donc l'air de rien un texte écrit dans un tout autre contexte, et pour de toutes autres têtes.
    Surtout qu'un texte recyclé n'est pas forcément un mauvais texte, ni un texte raté, ni un embryon avorté. Peut-être juste un fragment qui, sur le moment, paraissait hors sujet, ou un sujet sans objet, ou un objet sans objectif.

    Les conditions étaient donc idéales pour continuer à écrire utile, sans me dissiper dans des chantiers C minuscule : j'avais la conviction, intime, j'avais le soutien collectif, et des projets costauds en développement.

    Mais voilà, l'écriture est teigneuse. Tordue comme un vermisseau. Indocile. Imprévisible, têtue, absente, omniprésente. Ingérable.

    J'ai donc fait exactement le contraire de ce que je voulais. Je me suis éparpillée.
    J'ai barboté dans le marécage, je me suis roulée dans le sable, j'ai éclaboussé quelques phrases de-ci de-là, glissé quelques mots dans les interstices.

    J'ai laissé l'écriture être. Et peut-être exister.


Je les avais prévenus - II

Par Judith Lesur :: 24/01/2008 à 10:26 :: ecrits pour les hauteurs

    Exister, c'est plus qu'être. C'est être, et le faire savoir. Tendre à être entendu, s'étendre, pas forcément tendrement, pour rendre ce qui nous est dû, sans être dupe.

    Rentrer dedans, sous des dehors denses, être ardent, les dents prêtes à la morsure. Dépecer. Dépuceler le moins sûr comme l'évident. Évider l'évitement. Mentir, évidemment.

    Exister, donc. Sans se désister. Hésiter, oui, mais sans cécité. Quitte à s'esquinter les yeux à cerner ce qu'on ne discerne pas, dire ce qui ne nous concerne pas, s'acquitter de son devoir de voir.

    Exister et écrire. S'écrier ? Se griller et se cribler de mots, écrabouiller le réel sur l'écran de ses embrouilles, se débrouiller crânement et s'ébouillanter le crâne, décanter sans être à cran, mais décamper quand ça craint...

    Écrire. Quand la langue copule avec les usages, quand l'encre coagule dans le sang de la page, quand le sens se fond dans la forme et se formule dans l'infime. Sans virgule, la feuille vierge est infirme. Et c'est sur elle que le "je" éjacule.

(...)

Je les avais prévenus - I

Par Judith Lesur :: 22/01/2008 à 19:33 :: ecrits pour les hauteurs

    Je les avais prévenus en début d'année.

    Je leur avais dit, j'ai des projets personnels, personnels pas dans le sens, projets de vie, parce que ça, je n'y pense même pas, non, personnels dans le style boulot, commande, textes potentiellement rentables, c'est-à-dire payés, c'est-à-dire pas forcément foncièrement complètement incompatibles avec la possibilité d'un projet de vie.

    Bref, j'avais dit : les lectures des (h)auteurs, perso, c'est fond de tiroir et recyclage. Pas question, comme l'année dernière, de perdre du temps à écrire, à écrire pour le plaisir.

    J'ai de trop gros chantiers ailleurs, des trucs lourds, un peu comme une grande grande étendue marécageuse qu'il me faudrait assécher à la petite cuiller.

    Outre l'absurdité de la tâche, que j'ai décidée, depuis longtemps, de ne plus questionner, sinon, autant mettre des cailloux dans ses poches, du sable dans sa bouche et sauter, pieds et poings liés, dans ce foutu marécage, donc, outre l'absurdité de la tâche, puisque sans vouloir jouer sur le registre judéo-chrétien de l'épreuve ou de la mission, on ne peut quand même pas nier que c'est d'un labeur dont il s'agit, je voudrais m'attacher à construire.

    Projeter dans le long terme. Utiliser le sable, que je suis souvent bien tentée de me fourrer dans la bouche pour étouffer un cri, mélanger ce sable, donc, à l'eau, et cimenter quelque chose dans la durée. Arrêter de me faufiler dans les interstices, même si ça sert parfois à colmater des failles, des béances, voire des abîmes, disons, faire autre chose que m'immiscer dans des fissures qu'on ne remarque que si on a le regard aiguisé pour.

    Donc, ne pas me contenter de creuser un sillon dans un champ en jachère, mais viser le développement durable, m'inscrire à la fois dans le temps et dans le paysage, bref, pas survivre, mais exister.

(...)
Copyright © Blog de Judith Lesur - Blog créé avec ZeBlog