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Judith Lesur

Judith Lesur l'écriture, ce qu'il y a dessous et autour, les projets et les doutes, les fragments et les questions, et puis, peut-être, le dialogue.

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Par Judith Lesur :: 14/10/2006 à 9:23 :: Général

et retournement d'image...
 
                  

            Et si c'était le début d'une histoire ?
            L'histoire de Paul, un jeune homme au drôle de métier.

            Depuis que Paul avait vu son père vêtu, dans son cercueil, du seul costume qu'il n'avait jamais porté de son vivant, Paul avait décidé de devenir "styliste mortuaire".

           Il s'exerça d'abord auprès de sa famille et des gens de son quartier : il notait sur une petite fiche les goûts vestimentaires de chacun, qu'il commentait le soir de ses propres appréciations car son oeil sensible devinait sous l'apparence les couleurs et les matières qui habillaient l'âme de ses interviewés.

           On prit l'habitude de convier Paul au chevet des morts. Il venait avec son carnet de dessin et créait de la pointe de ses crayons colorés le vêtement qui lui semblait mettre en accord le corps et la personnalité du défunt.
            Il n'eut bientôt plus besoin de prendre des notes ni de rencontrer les futures dépouilles tant la mort, quand on savait l'observer, était bavarde sur la vie.

            Mais malgré la justesse de son regard, il arrivait que Paul ne soit pas satisfait de ses créations. Il lui semblait que parfois, quelque chose ne se laissait pas saisir, et ce ne fut qu'en rencontrant Monsieur Victor que Paul entrevit ce qui lui échappait.

           Il émanait de Monsieur Victor une tristesse douce comme du velours, une discrétion gris souris, et Paul griffonna un costume si doux et si discret que même la sévère Madame Victor parut en être émue. Paul ne put s'empêcher de trouver suspect l'air presque soulagé de la veuve, et lui demanda de rester quelques instants dans les appartements du vieillard. Le bureau ressemblait à Monsieur Victor : terne et sans fantaisie, du moins tant que l'on n'ouvrait pas les tiroirs. Là, ce n'étaient que tétines, couches et layettes aux couleurs sucrées, et même un oeil moins exercé que ce lui de Paul pouvait voir que les proportions dépassaient largement la taille d'un nourrisson.
                      
            C'est ainsi que Paul décida désormais d'écouter ce que la mort avait à dire sur la vie tout autant que ce qu'elle voulait en cacher, et devint le premier psychanalyste des âmes défuntes.

                        

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Commentaires

Le 16/10/2006 à 23:36, par katia
... des âmes défuntes, mais ni défaites, ni déchues.
Le 17/10/2006 à 8:06, par judith
l'âme des feintes ?
Le 20/10/2006 à 8:37, par katia
la mort ne ment plus, le mors ne prend plus.
Les feintes sont ruses de vivant : on est tout nu redevenu dans le grand manteau blanc.
Alors, peuvent commencer les grandes conversations, les confidences, l'acuité de l'outre-temps ; effrayant de l'autre côté.
Peut alors s'inaugurer ce qui échappe aux vivants.

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