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Judith Lesur

Judith Lesur l'écriture, ce qu'il y a dessous et autour, les projets et les doutes, les fragments et les questions, et puis, peut-être, le dialogue.

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2ème texte du Marathon : Jean IROLART, vraisemblablement décédé fin 2004 / Précision prise : Jean Irolart n'est pas mort

Par Judith Lesur :: 02/05/2007 à 9:39 :: e-cri-ts
Au fond, tout au fond : les Pyrénées
Le pire y est né
Périnée déchiré d'une pierre


Jean Irolart est vraisemblablement décédé fin 2004 mais Jean Irolart n'est pas mort
Nous ne saurons vraisemblablement pas qui est Jean Irolart
Car Jean Irolart n'a vraisemblablement pas existé
Mais entre le moment où Jean Irolart est décédé et le moment où Jean Irolart est mort
Nous allons nous immiscer


Des Pyrénées, nous ne savons rien ou presque
Et c'est sans doute mieux comme ça
Nous projetterons.
De Jean Irolart, nous ne savons rien non plus
Et c'est le but que nous nous assignons


Nous pourrions imaginer des montagnes hérissées et sombres
Nous pourrions imaginer des villages de bois et de pierre
Des hommes et des femmes flétris par les frimas
Mais nous ne le ferons pas
Jean Irolart nous attend pour exister


Jean Irolart n'est pas un monsieur irréprochable
Jean Irolart n'est même pas un monsieur
Jean Irolart est un enfant rigolard
La tignasse plantée d'épis
Les genoux fleuris de croûtes
Le sourire comme une figue fendue dans son visage lait de brebis
Mais Jean Irolart est plus qu'un enfant
Jean Irolart est né de la saillie d'un ours
C'est ce que disent les villageois
En plantant leur fourche dans la mie fraîche de son dos


Jean Irolart aurait pu polir ses talons sur les galets des ruisseaux
Frotter son sexe dans la mousse des sous-bois
Écraser les grains de cassis sous sa langue
Souffler dans l'anus des crapauds
Percer de l'ongle le ventre des sangsues
Mordre la croupe de la jument
Regarder perler la fente d'Odile qui pisse dans les fourrés
Lécher la farine sur les doigts de sa mère
Mais Jean Irolart est né de la saillie d'un ours
Et ses dix ans nourrissent la ravine


Nous voudrions lâcher les loups aux trousses des villageois
Nous voudrions incendier leurs granges
Nous voudrions brûler leurs fourches
Mais nous ne le pouvons pas

Nous voudrions laver la dépouille de Jean sous l'orage

Entre le moment où Jean Irolart est décédé et le moment où Jean Irolart est mort
Il y a désormais les mots les galets les grains de cassis
Que nous sommes allés chercher à la pointe de notre langue
Dans le tréfonds de ce que nous ignorons


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Commentaires

Le 02/05/2007 à 19:06, par nadyne
il est bien beau ce texte entre farce et gravité
Le 02/05/2007 à 20:58, par judith
comme l'enfance ?!
Le 03/05/2007 à 0:22, par nadyne
!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Le 03/05/2007 à 7:19, par judith
n'empêche, je le vois ce petit gars
enfin, je le sens...
c'est beau les Pyrénées ?
Le 03/05/2007 à 11:48, par nadyne
oui oui il existe.

les Pyrénées, je n'en connais que le pied.
sur la route de Foy à Perpignan, un été de sécheresse où tout était "sauterelle grillée". tout au long de la petite route en lacets, la montagne ronde et douce était recouverte d'un maquis vert luxuriant serré serré de feuillus denses vert tropical. pas d'épineux qui font les fotêts noires, une énorme une immense MOUSSE VERTE tout en arrondis de tête de grands arbres. impénétrable et acceuillant attirant
contrairement aux Alpes qui s'annoncent par une falaise brutale de mur de pierre nue qui me renvoie mon regard dans le plexus, le bas, le début des Pyrénées les Basses-Pyrénées? m'ont paru très féminines.
au retour un ORAGE! ho rage des cieux et des cîmes! aquaplanning à plus pouvoir avancer, on a fini par s'arrêter. j'étais angoissée à l'idée que dans quelque temps nous pourrions être emportés par les eaux et je me vivais dans Tolède sous l'orage du Gréco...
je sais qu'il y existe un Site qui s'appelle " le cirque de Giverny" je crois un de ces lieux où la nature te claque le bec
Le 03/05/2007 à 12:17, par nadyne
non c'est gaverny sans nénuphar
Le 03/05/2007 à 14:24, par JL
j'adore la cicatrice de la roche, les monts pelés, les buissons qui déchirent la pierre...
Le 03/05/2007 à 16:01, par nadyne
en fiction. roman ou image
en vrai j'y suis toujours tranpercée par un vent glacé et le bistrot est très très loin!
Le 03/05/2007 à 23:32, par judith
moi je l'aime en vrai
et surtout sans les autres,
me souffle mon ours intérieur...!

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