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Judith Lesur

Judith Lesur l'écriture, ce qu'il y a dessous et autour, les projets et les doutes, les fragments et les questions, et puis, peut-être, le dialogue.

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ces petits riens...

Par Judith Lesur :: 22/11/2006 à 15:13 :: soupirs

écoutais d'une oreille distraite mais néanmoins compatissante - car moi-même victime de démêlés ubuesques avec le service après-vente d'un grand magasin - les déboires d'une amie avec l'assistance en ligne d'une grande marque qui se conclurent par "j'ai raccroché, il commençait à me gonfler velu".
Depuis, je souris.
Je ne sais pas ce que cette image titille dans mon inconscient (les réminiscences de la guenon, peut-être) mais ces petits riens de la langue qui font basculer dans l'étrangeté de mots pourtant communs me ravissent...

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Commentaires

Le 22/11/2006 à 16:37, par katia
gonler velu et se faire courir sur le haricot dans un grand désert frisé pour finalement s'en tamponner le coquillard.
Parce que voilà : si le vide formel et l'absence de propos sont les deux mammelles de la france, le rite des formes nouvelles est une grande transe au pis duquel on boit du bon p'tit lait.

Comment ma Judith sinon 2
Le 22/11/2006 à 16:58, par katia
par exemple, à l'écrit (aussi, des "bizarretés") :
outre les nombreuses fautes que je commets, j'écris toujours "mammelle" avec deux "m", comme mammifière ; comme trois "m" de "maman aime".
Je sais que c'est incorrect, pourtant ça me semble juste et parfaitement écrit. Je continue.

Parfois les fautes parfont précisément ce que l'on veut dire.
Heureuse langue qui s'est toujours enrichie de ses envahisseurs, ses rencontres, ses invités, de sa curiosité. Son sang-mêlé aujourd'hui avec d'autres langues d'autres pays, hier entre provinces dialecticales, entre régions proverbiales, etc, etc).
C'est comme une langue politique, diplomatique qui se serait intégrée pour s'adapter à comprendre, à voyager vers la compréhension de structures d'esprit infinies.
Façon de les ressentir, de les penser, de les dire.

J'adore ces aberrations, ces désobéissances, ces choses bancales dans le langage, ces constructions bordéliques qui rappellent que notre langue n'est pas pure, ni "mourue".
Le 22/11/2006 à 17:59, par judith
"gonfler velu" n'est pas pour moi une forme vide : elle est au contraire pleine de poils !
Le 22/11/2006 à 18:32, par nadyne
le mouton est un animal à poil laineux

à poil laineux!

ça me fait poiler
Le 22/11/2006 à 19:16, par katia
C'est vrai, alors que nous, quand on est à poil, on n'a pas même une p'tite laine pour nous chauffer.
C'est poilant, oui !

Gonfler velu et briser menu, aussi.

Des images très rondes, bien pleines et savoureuses, comme une tartiflette qui s'en dégoulinerait un soir de chauffe dans un four ... Mais bon, vais pas trop insister (quoique)...
Le 22/11/2006 à 19:24, par katia
Si, ah oui (et c'est purement vrai !) : hier soir, en prenant notre douche (que l'on prend presque toujours ensemble), on se regardait le désastre du poil, réciproquement, avec Jean-Phi.

Ca fait des années que je me dis que c'est con un poil et une touffe de poils c'est touchant, limite ça fait un peu de la peine, tant c'est un peu minable, désourvré (c'est là mon point de vue...).
On se demandait pourquoi en avait-on encore autant sur ces zones-ci, alors qu'ailleurs (bien que les hommes restent quand même assez résurgeants en la matière, mais bon) on n'en a plus guère...
Un fou-rire, après les avoir vitalisés à rebrousse-main, pour voir dans quels sens ils pouvaient bien s'ébourriffer (les poils). On les a mesurés (étirés pour voir la vrai taille qu'ils ont quand ils sont détendus.
Puis on les a mouillés, shampooinés, lessivés, rincés, essorés et à chaque phase de ces opérations : le fou-rire ne nous a pas quittés.
J'voulais vous le dire, puisqu'on en est là (ou peu près) du propos.
Le 22/11/2006 à 21:47, par judith
cette idée de langue et d'inconscient et de trucs qui font rire (les poils peuvent donc entrer dans la catégorie des trucs, cf plus haut)
me fait penser à la "Psychopathologie de la vie quotidienne" de Freud, traits d'esprit, lapsus, actes manqués et autres micro-dérapages incontrôlés qui sont nos soupapes (mais qu'est-ce que l'Église vient faire là-dedans ?). Les mots comme des capsules dont on fait sauter le couvercle...
Le 23/11/2006 à 9:15, par katia
Sachant que Freud était diplômé des études naturalistes de Vienne (puisqu'il étudait la zoologie) et obtint un prix pour son étude sur les anguilles.
Ces choses qui se dérobent (a-priori / mais pas si certain... c'est ce qu'on a bien voulu nous faire croire) à la Raison comme ces anguilles qui glissent entre nos doigts -et viennent dévorer des têtes de cheval sur les plages vénitiennes...
Amusant.
Le 23/11/2006 à 13:18, par judith
sais pas pourquoi je l'aime autant, ce barbu au cigare volumineux... Un jour, quand je serai grande, j'écrirai ça, ce qui fait écho dans mon noeud d'anguilles...
Le 23/11/2006 à 15:24, par katia
Il est attachant : un dieu profane, un dément amoureux du démon humain.
Tu aimes de ce vieux barbu,
sa liberté sans doute (reprendre l’examen de la Psyché après les grecs antiques, fallait avoir le culot de l’oser dans l’exercice d’un occident mouvemente et après de longs siècles d’obscurantisme).
À traquer partout quelle véritable machine se cache derrière le rideau du grand théâtre des effets spéciaux/spécieux? L’Ancien Testament.
Lapsus, omission, dérapage, hystérie, les lois accidentelles ( comme cette loi des séries) qui régissent le quotidien matériel, mais aussi l’esprit : cette dyslexie de l’âme qui l’a toujours ému, fasciné et meurtri (son travail sur les gosses)
L’euthanasie (sa propre mort / contre tout principe de chrétienté), la liberté individuelle de mourir (sans que son médecin ait eu de procès au cul, comme encore aujourd’hui).
Tout ce qui fait réfléchir. Son étude, ses ébauches, le doute, mais aussi sa vie.
Il devait être tout à la fois passionnant, chiant et pénétrant.
La vie.
Le 23/11/2006 à 15:45, par katia
Ce sont les héritiers, les exégètes inspirés, ses successeurs présumés que je n’aime pas bien trop (même peu) de Freud. (Saccageurs, pillards d’anguilles et de poil à gratter).
C’est -comme souvent-, ses contradicteurs qui servent mieux la lumière pour l’éclairer.

En lui, la résonance, l’assonance, la ressemblance flagrante, la convergence digressive, la divergence excessive, la merveilleuse coïncidence avec Jérôme l’impétrant de la folie, Bosh le visionnaire, l’énigmatique. Personne ne succède à des gens pareils (la preuve).
Mais, on peut essayer (oui) de s’en nourrir, il n’est ni vain ni dévot de les ad-mirer.
Je vois (inculte totale de Freud) en lui cette créativité hors tout principe de société. Une nécessité organique qui déborde, qui chie un peu dans les coins, au milieu, sur la table et dissèque l’intérieur de l’étron de la matière et sa « vérité » immatérielle, fugace mais tellement entière.
De son nom simplement évoqué, j’aime cette picturalité et le rapprochement (enfantin) avec Bosh.
Une viennoiserie de Prout.
Le 23/11/2006 à 19:37, par nadyne
PUTAIN!

je l'ai pas Lu l"ami"barbu fumeur le connais seulement comme patient qui attend ma visite quand je serai grande
même je viens d'apprendre sa mort décidée choisie du moins le moment
c'est bon d'avoir des copines écrivaines en un seul mot

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